Le jugement et le préjugé, et leur impact social

Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil.  Évangile

Un ami que je vais nommer ici Adam (pour ne pas dévoiler l’identité de la personne) m’avait raconté une histoire intéressante. Il s’agit d’une collègue qui s’appelle Mina et qui, un jour, avait été critiquée, dans son dos auprès d’Adam par un de ses collègues qui s’appelle Jean-Bernard. Quelques jours après cette histoire, Mina est venue voir mon ami à son bureau pour lui demander d’intervenir sur un problème d’une machine dans l’usine où ils travaillaient ensemble.

Mon ami m’avait assuré que dès que Mina était entrée dans son bureau, il s’était immédiatement rappelé de la critique de Jean-Bernard envers Mina. Cette critique, qui d’ailleurs n’a pas été partagé avec Mina, était le filtre que mon ami a mis en place entre Mina et lui. Tout ce que disait Mina était interprété par Adam via ce filtre. Adam n’écoutait pas bien ce que disait Mina. Tout ce qu’il se disait pendant leur discussion c’était que Mina, selon ce que Jean-Bernard lui a dit : «stresse beaucoup, fait des erreurs et ne maitrise pas son travail ». Par conséquent, il ne fallait pas beaucoup de temps pour qu’Adam sort de ses gonds et commence à rejeter la faute sur Mina. En outre, il n’a pas mâché ses mots sur Mina quand il a écrit le rapport de la situation à ses supérieurs.

Un de ses supérieurs lui a fait la remarque gentiment, en lui rappelant que Mina n’était pas censée de maitriser le travail de mon ami car elle a une responsabilité différente. De surcroît, tout ce que disait Mina avait du sens et était vrai. Adam s’est ainsi posé la question : « Pourquoi avait-je mal traité Mina et pourquoi mon rapport était si agressive envers elle alors qu’elle n’y était pour rien ? »

Adam ne s’était pas arrêté là, car il avait même parlé de « l’incompétence de Mina » à d’autres collègues avant d’avoir envoyé son rapport.
Adam avait compris qu’il avait tort et qu’il ne fallait pas installer ce filtre. Ce filtre s’appelle le préjugé. C’est gratuit et futile. Tout ce qu’il recevait de Mina devait s’aligner d’abord avec le préjugé d’Adam avant qu’il l’adopte ou le comprenne. Le préjugé est une émotion, ou attitude négative produite par l’inconscience et la projection du passé. Il ne sert qu’à créer des conflits et détruire des vies.

Quel que soit le degré de véracité (s’il y en a) des propos de Jean-Bernard, il fallait qu’Adam se comporte avec neutralité sans baser sa discussion avec Mina sur un tel ou tel jugement d’une autre personne.

Dans le monde du travail mais aussi dans le monde de tous les jours, la distance avec le préjugé doit être bien définie. Les idées préconçues se basent sur l’image donnée par les autres ou par notre inconscience qui nous livre ses projections souvent erronées. Ces images ou projections sont entièrement subjectifs et ne reflètent que l’opinion inconsciente de celui qui les conçoit.

En s’adressant à quelqu’un, de tel filtre ne doit exister. Le passé ne doit pas nous prescrire ses fausses images et mauvaises interprétations. Même si on est sûr (et on ne peut jamais l’être) que la personne en face est maladroite ou incompétente, rien ne nous confirme que la situation actuelle ne soit différente. Peut-être que cette personne va être compétente au moment présent, c’est-à-dire dans la situation actuelle. Comment pourrions-nous nous accorder le droit de juger !

Accepter un jugement fourni par une personne doit se faire avec vigilance. Car en effet, dans quelques situations, le jugement des autres peut nous servir dans nos choix de chaque jour, exemple : « Ce plombier est compétent, à recommander ». Cependant, un jugement comme celui de Jean-Bernard ne doit absolument pas être adopté par Adam. Même si Adam aurait sa petite idée préconçue sur Mina, il serait destructif de laisser ce jugement dominer la situation actuelle entre Mina et lui.

Dans plusieurs cas, un jugement sur une personne va au-delà de ses limites. Un jugement en soi fait partie de nous-mêmes. Il n’est pas mauvais d’avoir des jugements sur telle ou telle personne. Cependant, le jugement devient destructif au niveau social et personnel quand il est allié à la comparaison. Sur ce stade, nous essayons de montrer indirectement qu’on est bons, qu’on fait les choses bien et mieux que l’autre. Cet état est facile à gérer afin de limiter les dégâts du jugement : Se rappeler que nous aussi on a des brèches, qu’on est tous des êtres humains et qu’on ne maitrise (et ne maitrisera jamais) ce dont on est en train d’entreprendre.

Si je juge l’autre sur un ton de : « il est mauvais », cela ne veut dire qu’une chose, c’est que je suis meilleur que lui, je suis bon. Et si toutefois, je me rappelle avant de juger, que je suis aussi mauvais dans plusieurs domaines, mon jugement serait différent : « il doit certainement avoir des obstacles qui l’empêcheraient d’avoir des résultats aujourd’hui.»

Le jugement en soi n’est pas mauvais. Car encore une fois, c’est une partie de l’être humain. Cependant, c’est à nous de contrôler notre jugement sur les autres afin de limiter ses impacts sur nos relations dans la société.

Pour ce qui est du préjugé. Ceci est loin d’être une partie de l’être humain. C’est une attitude acquise durant une certaine période de notre vie et qui s’alimente de nos faiblesses et nos jugements négatifs sur la réalité et sur les autres.

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